Les végétariens et la chirophobie

 

Par Jacques Halbronn

A nos amis végétariens J. A. et R. B.

 

Les  végétariens ont-ils un bon rapport avec leur propre corps, s’entendent-ils bien avec lui, des pieds jusqu’à la tête. ? On peut en douter. Est-il sain d’être végétarien ? Qu’est ce que cela révèle ? Le végétarisme est-il une forme de « malbouffe » ?

Il nous est apparu qu’être végétarien est avant tout une posture intellectuelle. On nous explique que ce n’est pas bon pour la planète. Or, la première question à (se) poser, c’est quand même : est-ce que c’est « bon » pour notre corps ? 

On se demander si les végétariens n’ignorent pas ce que ressent leur corps et qu’ils se décident selon des critères qui ne sont pas adéquats sans s’interroger sur les conséquences de leurs entreprises. Leur approche est biaisée par toutes sortes de raisonnements sur la longueur de nos intestins et sur le coût de l’élevage par rapport aux pâturages. Ils vous expliquent sans même vous regarder que vous vous nourrissez « mal »  sous prétexte que vous ne tenez pas les « bons » propos. Ils veulent que tout le monde suive le même régime. Ils affirment même que l’Humanité doit impérativement arrêter de consommer de la viande. Ce serait un péché, à les entendre.

On a beau leur expliquer que les légumes sont un ersatz de viande, pour les périodes de disette, que sous l’Occupation, on s’était mis à manger du rutabaga et du topinambour et que comme tout succédané, cela n’a pas les vertus de l’original, qu’au Flunch, la seule chose que l’on ait « à volonté », ce sont les légumes. On a beau leur dire que ces légumes, il faut les saler, les assaisonner avec des produits qui leur donne un peu de goût mais qui ne sont pas forcément conseillés pour la santé. Il y a alors tromperie sur la marchandise. On nous parle de spaghetti mais il faut rajouter une sauce.On nous parle de semoule mais on y met du bouillon, de la harissa. Tout est truqué. On  fait  de nécessité vertu. C’est comme le discours des végétariens, il est assaisonné à la sauce écologique. Il n’est pas ce qu’il  voudrait faire croire qu’il est. Il ne nous parle pas de notre bien être mais d’un bien penser sur le dos de notre santé, à son encontre. Ce sont là des tartufferies. Une nouvelle forme de chasteté et d’abstinence. Ce n’est plus l’alcool ou le tabac ou même la drogue, maintenant c’est la viande. Si encore, comme chez les Juifs ou les Musulmans, après eux,  on interdisait certaines viandes. Mais non, c’est la viande dans son ensemble qui se voit condamnée en bloc en tant qu’alimentation pour les humains qui peuvent se goinfrer de légumes mais qui ne doivent pas toucher le moindre steak.  Tant qu’on n’a pas la qualité, on veut la quantité, n’est-il pas vrai ? Derrière tout ce débat, une affaire de rapport qualité-prix : on mange davantage, par-dessus le marché, pour la même somme, de légumes, de céréales, de patates que de viande. Vive les gros pleins de soupe  et les radins de la bouffe !

Les végétariens voudraient donc que l’on supprimât, que l’on exterminât  tout ce bétail que nous élevons scandaleusement  pour notre alimentation, qu’il disparaisse de la surface de la planète car cela fait trop de bouches à nourrir. Excellent prétexte pour anéantir des animaux qui ont vécu en bonne intelligence avec des nous pendant des millénaires et qui, de fait, sont végétariens. Quel comble : des végétariens qui s’en prennent à d’autres végétariens !  Dans la foulée, on pourrait aussi interdire les  chiens et les chats.  Le fait que nous ayons in fine à tuer ce bétail suffit-il à ne pas lui accorder le droit, la grâce de vivre ? Qui ne voit qu’il y a là un écosystème où chacun s’y retrouve.

En définitive, les végétariens et  autres  végétalistes prosélytes nous  feraient plutôt peur car ils punissent, ils privent  ainsi leur corps au nom des bons sentiments et de la modernité qui voudrait que l’on arrêtât de manger de la viande.

Nous avons coutume de dire que celui qui nourrit mal son corps ou le maltraite nourrit également mal son esprit et son intellect. On est donc dans un cercle vicieux : celui qui ne respecte pas son corps va, de surcroit, infliger à son intelligence une certaine forme de torture. Cela explique les croyances souvent étranges des tenants du végétarisme, souvent accompagnées d’une adhésion aux formes les plus douteuses de l’astrologie ou de la religion.Le végétarisme est rarement un symptôme unique, il cohabite avec toutes sortes d’opinions qu’un esprit  éclairé ne saurait « avaler ».

Nous avons signalé, par le passé, le rôle majeur de la bouche et de la main dans un processus sain d’alimentation depuis le choix des produits jusqu’à leur consommation proprement dite. Il est plus aisé de manger de la viande avec les mains que des légumes qu’il faut servir dans un récipient et  attraper avec des couverts. Une viande  sortie du feu refroidit très rapidement alors que les légumes gardent leur chaleur beaucoup plus longtemps.  En cela d’ailleurs, nous distinguons également les fruits des légumes. Les fruits se suffisent à eux-mêmes et ils sont à la fois solides et liquides. Nous les choisissons en les touchant.  On peut les prendre comme la viande avec les mains, ce qui n’est pas le cas des pates ou de la semoule. Ce sont nos yeux qui nous aident à choisir un bon fruit ou une bonne viande, à leur couleur alors que nous consommons des légumes souvent devenus méconnaissables notamment broyés en purée, brassés  en potée, mélangés en salades, souvent préparés avec des graisses. Dans un kilo de fruits, nous distinguons chaque élément, pas dans un kilo de légumes. Rappelons que le lait est produit par les animaux. En fait, les végétariens ne touchent pas les mets qu’ils consomment, hormis le pain. Il faudrait se demander si la main ne sous-tend pas le débat en question.

Le rapport que nous avons à nos mains devrait être analysé de près. La plupart d’entre nous se servent très peu de leurs mains pour se mettre au contact de leur environnement. Il faudrait  vérifier s’il n’y a pas là une forme de chirophobie et notamment une peur de la souillure qui serait sublimée par l’interdit de la viande : il ne faudrait pas non plus caresser un animal vivant ni être en contact avec sa viande quand il a été abattu. . Cette crainte de se tacher explique d’ailleurs pourquoi nombreux sont les gens qui  ne mangent pas de fruits parce que c’est dégoutant de les prendre dans ses mains et de les amener à sa bouche. Ils préfèrent manger des biscuits, des gâteaux. On est là dans un syndrome de propreté qui peut conduite à  se laver constamment les mains. S’en laver les mains, ne pas se salir les mains sont des expressions qui sont à prendre au propre comme au figuré. On peut aussi refuser de serrer la main de quelqu’un. De nos jours, la main devient un organe suspect par le biais duquel on peut attraper toutes sortes de maladies. /

En conclusion, nous pensons que la chirophobie qui conduit à rejeter une partie de soi-même ou à la sanctuariser, à l’isoler – d’où une certaine ambivalence- pourrait être à l’origine du rejet de la viande. Cela pose également le problème du rapport au corps de l’autre notamment dans les rapports sexuels. Il faudrait voir comment est perçu un mot comme « caresse » - on caresse un animal, on se sert de ses mains lors des préliminaires.  On imagine mal un végétarien comme un partenaire sexuel accompli. Sous le rejet de la viande, il y aurait  un syndrome lié à l’usage de nos mains.

 

 

 

JHB

12/.11/12