De: Jacques Halbronn [teleprovidence@yahoo.fr]
Envoyé: mercredi 21 novembre 2012 20:52
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Objet: astrologie et étoiles fixes

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L’astrologie contemporaine et les étoiles fixes
Par Jacques Halbronn
 
Pourquoi l’astrologie contemporaine a-t-elle abandonné les étoiles fixes ? Le moment de cet abandon a-t-il été établi ? Où se trouve l’argumentation qui conduit à un tel résultat aux conséquences gravissimes ? Il y a plusieurs pistes.
Il y a l’arrivée des planétes transsaturniennes, à partir du XIXe siècle, qui de par la lenteur de leur révolution sidérale peuvent jusqu’à un certain point, remplacer les fixes.
Il y a un hyper-tropicalisme  qui rejette les constellations zodiacales et dans la foulée les étoiles fixes. Il est décidé que le zodiaque doit son existence aux saisons. Les petits livres de Barbault, au Seuil, dans les années cinquante, illustrent cette idée. D’autant que l’argument de la précession des équinoxes  mis en avant par une certaine anti-astrologie  exige que les astrologues se démarquent de tout ce qui est stellaire, les constellations ne correspondant plus, nous dit-on, aux saisons, au point vernal.  Même les astrologues sidéralistes semblent n’avoir que faire des étoiles fixes et notamment des quatre fixes « royales ». Ils n’ont besoin que d’une étoile de la constellation du bélier et à partir de là, ils divisent en 12 secteurs égaux, sans s’intéresser davantage à des constellations inégales.
Etrangement, l’astrologie contemporaine va récupérer la théorie de la précession des équinoxes dont le cycle est de 25960 ans, soit 2160 ans par ère si l’on divise en 12 parties égales, va finir par s’inscrire dans le discours astrologique du XXe siècle, conférant ainsi de l’importance à la constellation à laquelle aboutit la projection du point vernal (hémisphère Nord).
Et pourtant, quand on lit les textes en prose de Nostradamus et de Morinus (Morin de Villefranche),  aux XVIe-XVIIe siècles, l’on ne peut qu’observer à quel point ils combinent planétes et étoiles fixes. Jean-Baptiste Morin qui est traduit en français au XXe siècle,  notamment dans son traité d’astrologie mondiale et métérologique (Ed Leymarie), faisant partie de son Astrologica Gallica (1661) ne sera pas suivi. Il semble que les étoiles fixes n’aient pas eu jusqu’à présent l’avocat qu’elles méritaient et que leur cause ait été mal défendue, notamment au regard de l’astrologie mondiale. C’est le grand reproche que l’on peut faire à André Barbault de ne pas avoir perçu l’importance du couple planète-étoile fixe au niveau cyclique. Or, tout indique l’existence d’un binôme planète-étoiles. Rappelons que l’astrologie est née de l’émergence des planétes jusqu’alors assimilées à des étoiles fixes jusqu’à ce que l’on réalise qu’elles se mouvaient bien plus vite, d’où leur nom ‘(en grec, planète est un adjectif qui veut dire errant, le mot astre étant sous tendu : ce sont des étoiles errantes). Il était donc logique que la prise de conscience de cette dualité fût fondatrice pour la pensée astrologique. Remplacer les étoiles par des astres invisibles se situant au-delà de Saturne et inconnus jusqu’à l’invention de la lunette par Galilée – l’ancêtre du télescope- est une hérésie qui fonde l’astrologie contemporaine, en rupture avec une pratique plurimillénaire. Contrairement à ce que la plupart des astrologues prétendent, ce n’est pas la « pratique » qui a tranché mais une certaine posture théorique voulant exclure des corps étrangers au système solaire. En effet, pour un Jean-Pierre Nicola,  le système solaire constitue un ensemble d’un seul tenant et doit être appréhendé astrologiquement comme une totalité se suffisant à elle-même, où  chaque astre se définit par sa vitesse de révolution et sa distance, ce qui n’est pas possible pour ce qui est des étoiles dont la progression est identique, les constellations n’étant  qu’une illusion d’optique réunissant des étoiles sans rapport entre elles. Mais on jette ainsi le bébé avec l’eau du bain : refuser les constellations n’implique pas de refuser les étoiles fixes qui, elles, sont bien réelles.
Quant à la question du Zodiaque et de son origine, qui est un point essentiel de l’Histoire de l’Astrologie, nous ferons les observations suivantes :
-         l’approche visuelle est déterminante. On voit les planétes (jusqu’à Saturne), on voit les étoiles fixes, notamment les fixes royales choisies par les Anciens pour leur luminosité et leur proximité de l’écliptique, voie de passage des planétes. Que planétes et étoiles ne se situent pas sur le même plan importe peu dès lors que l’on admet que l’astrologie est une sémiologie, un mode de balisage, de repérage vu de la Terre et non une réalité objective, universelle. L’astrologie est une horloge et peu importe la diversité de ses matériaux du moment que tout s’y agence dans une bonne lisibilité.
- le choix des quatre étoiles fixes royales n’a rien à voir avec les quatre saisons. Leur statut tient à un critère d’un autre type  à  savoir qu’elles constituent un quadrilatère « naturel » qui a frappé très tôt les esprit bien avant que l’on découvre la notion de planète. En fait, la dialectique initiale fut celle des planétes par rapport à ce quadrilatère bien avant la mise en place du symbolisme zodiacal (cercle des animaux ou de la vie) sur l’écliptique qui est effectivement un emprunt au cycle saisonnier et aux 12 mois de l’année  (12 conjonctions soli-lunaires).  Nous rencontrons là un autre phénoméne très ancien, bien antérieur à la dialectique planète/étoile qui est celui, très spectaculaire des rapports lune-soleil. On est là en plein syncrétisme cosmique où tout ce qui a un rapport avec les astres ferait ipso facto partie d’un seul et même ensemble.
Nous avons en fait un amalgame entre :
1  les rencontres soleil-lune 12 (ou 13)  fois par an
2  le passage de la lune sur les -étoiles fixes royales
3  la découverte des planétes et leur passage sur les fixes royales
4 la projection des 12 mois sur l’écliptique, qui remplace l’ancien nom des constellations, ce qui explique qu’elles ne soient pas de même grandeur,  ce qui aurait été le cas si elles n’avaient été que des projections..
Ce que beaucoup d’astrologues ne sont pas disposés à comprendre, c’est que le ciel étoilé n’a pas besoin des saisons pour se structurer, qu’il a son propre mode de structuration, probablement plus ancien que le découpage en 4 saisons. Les 4 fixes royales sont un fait en soi et on ne trouve pas un tel quadrilatère  à discrétion. Les constellations sont  diversement découpées, sans aucun souci de découpage régulier. Rappelons que la constellation de la balance a été réalisée tardivement à partir d’une partie de la constellation du Scorpion : les « Chelles ». En revanche, que des emprunts aient été effectués au symbolisme des 12 mois est tout à fait vraisemblable mais tardif.
On nous objectera que tout ce que nous disons reléve de la simple supposition, que ce n’est pas écrit dans les livres.  Or, l’Histoire de l’Astrologie n’est pas un savoir établi une fois pour toutes, où l’on se contenterait de répéter ce qui a été déjà écrit comme cet édit de Colbert de 1666 qui n’a jamais existé et qui est inlassablement mentionné dans tous les livres d’astrologie, sans aucune vérification des sources. La recherche dans ce domaine est susceptible de conduire à de nouveaux modèles, de proposer de nouvelles perspectives. Rien n’est pire que de bâtir une théorie uniquement à partir de données  connues car l’épistémologie de l’ Histoire est celle d’un savoir condamné à être lacunaire parce que le passé ne nous parvient pas automatiquement quand il concerne la façon dont les hommes ont appréhendé le monde, quand bien même ce monde nous serait connu scientifiquement.  Ce n’est pas parce que l’on sait de nos jours que les choses sont comme ceci ou comme cela qu’elles ont été perçues immédiatement de la sorte. . Evitons les anachronismes, de grâce ! D’aucuns nous objecteront que  même si nous avons raison historiquement, l’astrologie n’a pas à en rester à des représentations obsolètes. Puisque les étoiles fixes sont, comme on sait désormais, extérieures au système solaire, à quoi bon leur accorder de l’importance, n’est-ce pas, au regard de la pratique astrologique moderne, comme nous le proposons ?  C’est ce qu’on appelle faire de l’uchronie.  On s’amuse à réécrire l’Histoire : et si…..et si….Or, nous sommes marqués par nos erreurs, par nos limitations.  Il est vrai que certaines catégories de la population – on pense aux femmes- ont un rapport difficile avec l’Histoire et ne voudraient pas que l’on en restât  à un certain statu quo. Elles répugnent à admettre qu’un certain passé soit incontournable voire indélébile et donc s’empressent d’actualiser l’Astrologie tout comme elles veulent  actualiser, « moderniser » la condition féminine.  On ne peut pas séparer l’observateur de l’objet observé et le regard que les uns et les autres portent sur l’Astrologie est marqué par une certaine idéologie. Cela dit, nier que ce qui fait la force de l’Astrologie, c’est justement son ancienneté, c’est  encourager les adversaires de l’astrologie à la classer parmi les savoirs caducs, d’un autre âge. Quel dilemme ! Il n’est pas facile de croire au modernisme et de respecter l’astrologie en tant qu’héritage de nos aïeux à restituer et à respecter  tel quel.Il est vrai que certains ne sont pas à une contradiction près.
La question des étoiles fixes serait donc devenue une pomme de discorde dépassant largement le domaine de l’astrologie. Croire que l’on peut  moderniser l’astrologie, c’est ipso facto croire que l’on n’est pas prisonnier de son passé, de ses origines et les étoiles fixes sont le bouc émissaire d’une telle vision des choses.
 
 
 
 
JHB
21. 11. 12