De: Jacques Halbronn [teleprovidence@yahoo.fr]
Envoyé: vendredi 30 novembre 2012 01:49
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Le caractère hybride et syncrétique de l’astrologie actuelle
Par Jacques Halbronn
 
Le corpus astrologique est constitué de diverses approches qui cohabitent actuellement dans la pratique ordinaire –celle des réunions de Didier Geslain par exemple, filmées sur teleprovidence- en dépit des tentatives de délestage tentées par les uns et par les autres. On pense notamment à Jean-Pierre Nicola qui préconisa, il y a cinquante ans, l’abandon des «Maîtrises » (Dignités, Domiciles, trônes, exaltations, chutes, exils), entendant s’en tenir à une certaine réalité astronomique, au risque de  jeter le bébé avec l’eau du bain. Nous tenterons, dans cette étude, de préciser les enjeux propres aux différentes astrologies qui se jouxtent et se croisent, se complètent et se  confortent au sein du « langage » astrologique. . 
Selon nous, le dispositif des « Dignités planétaires » est une pièce très ancienne du savoir astrologique, à laquelle nous avons  consacré de nombreuses recherches, depuis la fin des années Soixante, donc depuis plus de 40 ans, sans en apprécier immédiatement la portée. (cf. nos Clefs pour l’Astrologie, Paris, Seghers, 1976). Nous voudrions montrer que l’existence d’un tel dispositif ne justifie aucunement l’utilisation des mouvements réels des planétes et que nous avons là précisément, en dépit des apparences, le témoignage d’une volonté de l’astrologie de s’émanciper par rapport à l’astronomie. Un tel dispositif  est à rapprocher des attributions des « planétes » aux décans (division en 3 du signe, 3x10°) et aux termes (division en 5 du signe) comme on le voit dans les traités du juif espagnol Abraham Ibn Ezra (cf. notre édition,  Paris, Retz, 1977, préface de G. Vajda). Le cas de Marcus  Manilius est révélateur car dans son poème, les Astrologiques, il associe aux signes des dieux qui ne sont pas liés à des planètes, connus de son temps.
En fait,  un tel dispositif, repris, en partie, dans la Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle de notre ère) n’implique nullement de connaitre la position des planétes dans le Ciel à quelque moment que ce soit mais peut fonctionner avec les luminaires exclusivement, dont l’existence nous est connue bien avant que l’on découvre ce qui distingue étoile fixes et étoiles « planétes » (errantes, par opposition).
Il convient donc d’imaginer la Lune parcourant l’écliptique  en un mois et passant quelques heures (deux jours et demi en gros) dans chacun des 12 signes.(quel que soit le mode de découpage). Chaque fois qu’elle change de signe, elle serait associée avec une divinité, ce qui signifie que l’on n’a que faire ici de la symbolique zodiacale. Il suffisait de relier tel secteur à tel dieu.  Chez Manilius, on l’a dit, telle déesse (qui servira au XIxe siècle à désigner quelque astéroïde) sera associée à un certain secteur.
Nous serions donc en présence d’un système constitué de secteurs égaux, chacun en rapport, pour le distinguer, avec un dieu différent. A ce stade, il n’était évidemment pas question d’attribuer une planète à deux signes, c’est là une évolution ultérieure puisque l’on n’est pas limité par le nombre de planètes (cinq en dehors des luminaires)
L’apport astronomique, en la circonstance, se limitait au mouvement du soleil et de la lune et à leur conjonction mensuelle, chaque fois dans un nouveau secteur, du fait d’un glissement de 30° en 30° (soit 12 dans l’année, en gros, d’où les 12 mois et donc les 12 signes).
Le dispositif était double : l’un s’articulait sur la ligne des solstices (domiciles/exils) et l’autre sur la ligne des équinoxes (exaltations/Chutes)[1]. Celui des domiciles nous est probablement parvenu intact du fait de sa lisibilité et de sa cohérence astronomique, alors que celui des exaltations, qui en dérive géométriquement (cf.  nos Mathématiques Divinatoires, Paris, 1983, préface de Jean-Charles Pichon) a été fortement corrompu et s’est perpétué sous cette forme sans que l’on parvienne à la corriger ou du moins sans qu’un consensus n’existe à ce sujet jusqu’à nos jours. On n’y reviendra pas ici.
Cette évolution  permettait de mettre en place une fiction : à savoir que lorsque la lunaison-par exemple- se trouvait en tel secteur, elle était comme liée à telle planète, en quelque sorte en conjonction. Pour les décans, c’était pareil : la lunaison se retrouvait automatiquement dans un secteur marqué par une certaine connotation planétaire sans que l’on ait à prendre en compte, pour autant, la réalité astronomique en cours. C’est un peu ce qui se passe aussi pour les âges : tel âge de la vie est en analogie avec telle planète sans que cela implique quoi que ce soit au niveau astronomique. Le cas des termes est intéressant car ce dispositif ne comporte pas les luminaires, d’où la division en 5.  Or, cela nous semble logique : si les luminaires sont le vecteur astronomique en action, ils ne peuvent être en même temps associés à un secteur donné.  Donc nous pensons qu’initialement, le dispositif peut avoir été articulé sur le 5 et non sur le 7. 
Ce n’est qu’ensuite que l’on constitua un seul et même ensemble appelé Septénaire, incluant tant les planétes que les luminaires et à partir de là l’usage perd de sa rationalité car  on a deux septénaires, désormais, un septénaire symbolique associé aux signes et un septénaire astronomique où non seulement les luminaires mais aussi les cinq planétes (de Mercure à  Saturne) sont situés astronomiquement. Ce qui, épistémologiquement, aura des conséquences gravissimes sur l’avenir de l’Astrologie, ce dont les astrologues actuels ne semblent pas avoir pris pleinement conscience. Si on leur demande ce qui a changé, leurs réponses ne sont guère pertinentes, tant ils sont habitués à un certain état de choses.
On passe d’un système de secteurs réguliers et égaux - la lunaison fonctionne comme une horloge, tout comme l’entrée du soleil ou de la lune dans un signe- à un système qui devient excessivement complexe, puisque chaque « planète » traverse le zodiaque à son rythme, ce qui  compromet irrésistiblement le bel agencement initial.  C’est là un cadeau empoisonné des astronomes comme le sera plus tard, à partir du XIX e siècle (Uranus est découvert en 1781 mais ne reçoit son nom mythologique que par la suite, d’où le H  (pour W. Herschel, son inventeur hanovrien, installé en Angleterre) qui en est le glyphe) le recours à la mythologie pour désigner les nouvelles planétes. Rappelons que Ptolémée était à la fois astronome et astrologue tout comme le sera Kepler, se voulant réformateur de l’Astrologie (cf. l’ouvrage de Gérard Simon, Paris, 1979)).
Nous pensons en effet que la notion de secteurs égaux ou à peu près égaux est un facteur essentiel pour la pensée astrologique originelle. Autrement dit, il y avait une unité de mesure astrologique, une sorte d’étalon. Et tout cela s’est perdu si ce n’est dans le cas de la typologie zodiacale qui fait que l’on ait sous un certain signe, selon un processus régulier, chaque signe étant symboliquement associé à une planète sans que le mouvement réel de la planète ne soit pris en compte, au regard des éphémérides. On a là une situation quelque peu schizophrénique de type  Mr Jekyll et M. Hyde/.  L’un est parfaitement  réglé, tout dans son comportement est prévisible et récurrent, à de brefs intervalles de temps alors que l’autre est imprévisible, avec  cette quantité de planétes, qui d’ailleurs a régulièrement augmenté – et ce n’est pas fini, avec pour effet que la faculté prédictive de l’astrologue a parallèlement et proportionnellement décliné.
C’est ce que n’a pas compris Jean-Pierre Nicola lequel cependant joue sur deux tableaux :  d’une part, il décrit un système solaire « au repos » (comme dirait Robert Jaulin) ; sous le nom de RET, suivant peu ou prou la Loi de Bode, il qualifie les 12 signes et les 12 maisons astrologiques (rappelons qu’il y a plusieurs modes de domification, certains égaux, d’autres pas et de l’autre il tient compte des positions des diverses planétes (jusqu’à Pluton incluse) à la naissance et au cours de la vie (transits par rapport au –thème natal), ce qui est une toute autre paire de manches..Au repos, le système semble très simple, sur le papier mais on s’aperçoit peu à peu que dans la « pratique », tout s’emmêle.
Nicola n’a pas compris que l’astrologie n’a besoin de l’astronomie qu’à dose homéopathique et uniquement dans la mesure où cela permet une égalité des secteurs, une régularité des périodes. Il a préféré conclure un pacte avec les astronomes –proposant de nouveaux apports qui ne pourront, n’est-ce pas, qu’enrichir l’Astrologie-  et ce faisant l’Astrologie perd son âme. Comme on dit, avec le diable il faut garder ses distances et le mauvais démon de l’astrologie c’est l’astronomie qui tient ce discours tentateur : puisque vous utilisez tel astre pourquoi pas tous les autres ? Encore Nicola est-il cohérent avec lui-même puisqu’il abandonne les « maitrises ». Mais que dire de la grande majorité des astrologues qui garde tout, qui passe allégrement, en quelques secondes, d’un référentiel à un autre, d’une position réelle à une position purement symbolique, notamment par le biais de la technique des Maitrises qui permet de relier les maisons astrologiques entre elles. Quand il manque une planète dans une maison, on place fictivement la planète qui domine le signe où se trouve la cuspide (pointe) de la maison et le tour est joué si bien que l’astrologue n’est jamais démuni. Il navigue ainsi allégrement entre le réel et le fictif, et à manger aux deux râteliers, il  devient inclassable  et déroutant un peu comme une chauve souris. Tantôt, il est en phase avec la réalité astronomique la plus orthodoxe et la plus récente- si e n’est qu’il ne veut pas renoncer à Pluton qui a été déclassé comme le fut autrefois Vulcain, éphémère intra-mercurielle, d’où son nom, exprimant la chaleur avec la dure et laborieuse  tâche d’interpréter un véritable kaléidoscope et tantôt, il  propose, par le biais de tel ou tel cycle associant deux planétes,  en astrologie mondiale (comme Jupiter et Saturne, au Moyen Age, Saturne et Neptune, au XXe siècle) et des horoscopes de presse, une image plus lisse, plus régulière, sans parvenir à trancher.
Facteur aggravant, le fait que le dispositif actuel des Dignités Planétaires est bancal, d’autant qu’il a été remis en question par l’intégration de nouvelles planétes et qu’il est actuellement au milieu du gué en attendant que de nouvelles planétes viennent compléter le tableau et alors même que Pluton fait débat. Là encore, il serait plus prudent de s’en tenir au seul septénaire si ce n’est qu’  un tel dispositif  s’accorde mal avec la théorie des aspects astrologiques, sous sa forme manichéenne, des « bons » et des « mauvais » aspects qui reste un facteur incontournable de l’interprétation astrologique actuelle. En effet, les deux domiciles de Mercure (Gémeaux et Vierge) comme ceux de Jupiter (Sagittaire et Poissons) sont en carré entre eux– soit un aspect dissonant-  et ne parlons pas du carré de Mars en bélier avec son exaltation en capricorne, de Saturne en capricorne avec son exaltation en balance. Mais comprenant mal la logique sous-jacente à un tel agencement, on préfère garder le statu quo, ce qui permet de sauvegarder un consensus  syncrétique.
 
 
 
 
JHB
25. 11/ 12
 


[1]  Voir D. Néroman, Traité d’astrologie rationnelle,  Paris, 1943,   p. 68 . sur les plateaux d’Horus et de Seth. Reed. La Table d’Emeraude