Le thème astral ou l’astrologie babélienne
Par  Jacques  Halbronn
 
 
On distingue généralement entre une Astrologie dite Mondiale (Mundane Astrology) et une Astrologie généthliaque ou horoscopique, qui est celle du thème natal ou plus largement du thème  astral. En fait, ce sont deux concepts antagoniques, fondés sur des épistémologies radicalement opposées voire incompatibles. L’une est plutôt centripète et l’autre centrifuge, ce qui correspond aux deux temps de l’Astrologie que nous avons appelée conjonctionnelle (Astrologie du Sablier) et de fait nos sociétés, nos Etats,  passent, tour à  tour, par deux stades fort différents...
Le stade proprement conjonctionnel  vise à souder la société en un seul  « corps » - on parle du corps social- marchant « comme un seul homme », au même pas tandis que le stade  résiduel, « disjonctionnel » conduit à une dispersion voire à une dislocation de cette entité, ce qui n’est pas sans évoquer le sort  de la Tour de Babel. On peut dès lors parler d’une astrologie babélienne, d’astrologues babélistes face à une astrologie « étatique », correspondant à ce que l’Ecossais Thomas Hobbes, au XVIIe siècle a appelé le Léviathan, nom d’un monstre marin biblique, c'est-à-dire l’Etat. S’il existe une anti-astrologie,  il existe surtout une conflictualité au sein même de la pensée astrologique et dont il n’a probablement pas été assez question jusqu’à présent, l’anti-astrologie se nourrissant, au demeurant, de cet antagonisme intestin. On sait la cruauté des guerres civiles..
L’astrologie « étatique » et « conjonctionnelle » se présente sous une forme infiniment plus simple que l’astrologie « disjonctionnelle », « babélienne ». Toutes deux n’ont donc pas du tout le même profil (look) et l’on pourrait même se demander si elles traitent du même objet, chacune revendiquant de représenter l’Astrologie et tentant d’empiéter sur le terrain/territoire de l’autre..
Nous avons exposé dans nos « leçons » d’astrologie conjonctionnelle,  que si la date de la conjonction était chose certaine, celle de la disjonction était aléatoire puisque fondée sur un épuisement énergétique  assez diffus. Une conjonction est une réalité plus sûre qu’un aspect –et l’on a tort d’assimiler la conjonction à un aspect puisque l’aspect n’est qu’un dérivé, une extrapolation purement géométrique (trigone, carré etc) à partir de la conjonction. Un aspect ne peut offrir qu’un élément temporel indicatif. Il est donc vain de cloisonner le parcours d’un astre non seulement selon les aspects mais aussi selon les signes ou les maisons astrologiques car ce ne sont là que des approximations dans la pratique. On est là face à une précision factice..
Comme nous le disions, la phase disjonctionnelle tend à disjoindre la structure sociale et c’est exactement ce que fait le thème individuel qui pose le microcosme face au macrocosme  universel. Et l’on comprend dès lors pourquoi l’astrologie horoscopique est un antidote à l’encontre de l’astrologie mondiale. On peut la qualifier en ce sens de quantique.
L’astrologie mise en évidence par Michel Gauquelin, il y a plus d’un demi-siècle, nous semble relever de cette astrologie babélienne en ce qu’elle met en évidence  une division du travail entre cinq catégories (Vénus, Lune, Mars, Jupiter et Saturne). Elle est en quelque sorte intermédiaire entre les deux formes d’astrologies décrites plus haut tout comme d’ailleurs la typologie zodiacale bien connue (étudiée par  Didier  Castille, par exemple) et qui reléve plus du cycle saisonnier que de l’astrologie stricto sensu..
Cette astrologie babélienne réussit le tour de force de faire de la complexité à partir d’un cosmos porteur, en soi, de la plus grande simplicité. En ce sens, elle est subversive de l’ordre social en introduisant une infinité de combinatoires possibles. Elle cherche désespérément et asymptotiquement  à appréhender une réalité quantique. Mais cela ne fonctionne que par un certain effet d’annonce.(self fulfilling  prophecy). Cette astrologie façonne son objet  par le fait même de le décrire, ce qui est le propre même de l’approche quantique. Elle permet ainsi à chaque personne (persona) de s’individuer face à la toute puissance de l’Etat. Elle nait d’un fléchissement de l’énergie conjonctionnelle du Léviathan. Il s’agirait donc de deux astrologies radicalement différentes quant à leurs fondements et leurs principes entretenant avec l’Astronomie des rapports également bien distincts. Ne parlons pas du soleil et de la lune dont les influences ne sauraient être assimilées à celle de ces astrologies.
L’une appartient au champ de la techno-science, l’autre à celui de la thérapie et de la divination. D’une certaine façon, l’une prend le relais de l’autre. Au début d’un cycle conjonctionnel, il y a un peloton groupé et plus le temps passe, plus le peloton se défait, se débande et plus les choses deviennent imprévisibles rationnellement, ce qui ouvre la porte à d’autres types de connaissance relevant de la mancie/mantique.
Il reste que pour l’astrologie mondiale, l’astrologie individuelle est un handicap, un boulet d’autant que l’astrologie mondiale est souvent contaminée par la pratique du thème astral: on dresse le thème d’un leader, de la fondation d’un Etat, on y utilise les planétes transssaturniennes et tutti quanti de sorte que l’idée d’une cyclicité  régulière, revenant toujours aux mêmes intervalles, n’existe plus.
Il est donc temps pour l’astrologie individuelle d’assumer pleinement sa dimension quantique alors que l’astrologie étatique serait plutôt fractale avec des similitudes à tous les niveaux l’emportant largement sur les différences.
 
 
JHB
21. 11.12