De: jacques halbronn [halbronn@yahoo.fr]
Envoyé: vendredi 16 novembre 2012 19:25
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Objet: nouveau texte astro
 
 
Le problème de l’analogie en astrologie
Par  Jacques Halbronn
 
Les astrologues ne jurent que par l’analogie qui permet de faire des rapprochements entre des  facteurs apparemment fort distincts. Mais l’analogie est-elle un constat ou un lien que l’on instaure ? Là réside toute l’ambigüité d’un tel concept et de l’astrologie par voie de conséquence.
Une chose, en effet, est  de relier des choses qui ont été  séparées à tort ou du fait des circonstances et une autre de connecter des choses qui n’ont pas de raison spéciale d’être ensemble et que l’on décide de conjoindre. Certains astrologues tendent à confondre ou à mélanger ces deux processus inverses et complémentaires.
En fait, nous avons pu noter que nombre d’astrophiles  avaient une certaine propension à penser que ce qui peut être relié ne l’est pas par hasard et sans raison. Cette attitude pose problème et notamment au regard du libre arbitre comme à celui de la création/créativité.
Dans le cas de nos représentations de l’origine de l’astrologie, les astrologues se croient-il obligés de déclarer que le rapport des hommes aux astres est l’expression d’une quelconque nécessité, au départ ? Ils ont en tout cas, dans leur grande majorité, beaucoup de mal, de réticence, à admettre la possibilité que les hommes aient pu instaurer de par leur propre volonté, un certain type de lien entre le monde d’en bas et le monde d’en haut. C’est alors que l’on entend parler d’analogie : mais ce n’est qu’une analogie a posteriori du fait qu’elle a été posée comme telle, ce n’est pas une analogie rapprochant des éléments qui auraient été indument séparés, comme pour la dérive des continents, comme pour deux moitiés d’un même objet que l’on réunit, ce qui a donné le mot symbole..L’analogie, c’est d’abord une évidence de ce type : des éléments qui font partie d’un même en-semble (c’est dire qui sont similaires, étymologiquement). On ne saurait en dire autant pour  le rapport entre les hommes et les astres, sans une certaine dose de mauvaise  foi. Il faut admettre que le lien entre les hommes et les astres est artificiel, ce qui ne signifie nullement qu’il n’existe pas, il est construit, institué mais il ne va pas de soi, au départ.
Si l’on nous répond qu’il s’observe dans la pratique, l’on n’a rien résolu car cela reléve des effets de cette connexion. Il faudrait quand même apprendre à distinguer entre l’état initial d’un phénoméne et le « fait accompli ».
Il y a une analogie de départ et une analogie d’arrivée. Ne pas confondre.
Qu’est-ce qui distingue l’analogie de l’abstraction ? L’abstraction également a un fort pouvoir de rapprochement d’objets fort divers par certains côtés. Mais l’abstraction exige de commencer par nettoyer les objets avant de tenter de les relier, pour les restituer à  une certaine pureté conceptuelle. En revanche, l’analogie reste en surface, c'est-à-dire qu’elle prend les objets tels qu’ils se présentent et cela peut conduire à des rapprochements aléatoires : par exemple, on va rapprocher des objets de même couleur, comme le rouge, ce qui fait dire à certains que c’est parce que Mars est une planète rouge comme le sang qu’on l’aurait associée au dieu de la guerre. (Horus Rouge des Egyptiens). Il suffira donc que je mette du rouge sur des objets pour que l’on dise qu’ils se ressemblent alors que cette couleur est une donnée très secondaire pour les dits objets. L’analogie est une abstraction du pauvre, au rabais. Et on peut créer de l’analogie, dans ces conditions, à peu de frais par des rajouts superficiels de dernière minute.
Une analogie plus subtile est proposée par certains : le cosmos par son entremêlement de facteurs serait à l’image du monde d’ici-bas. Le seul problème, c’est que c’est là une lecture très particulière du cosmos (ce qui signifie en grec ordre) qui peut tout aussi bien être représenté par une structure très cohérente et rigoureuse. D’aucuns vont encore plus loin  et considèrent que la complexité même du thème astral est représentative de celle de nos existences.  Il y aurait en quelque sorte une analogie formelle entre ces différents niveaux de complexité : le ciel, la carte du ciel et notre vécu. C’est par ce biais là que les astrologues démontreraient  l’identité de structure entre nous et les astres. Ce serait une série de hamburgers superposés, dont l’unité de chacun serait factice : fausse unité du ciel, fausse unité du thème, fausse unité de la personne. Et c’est dans  cette unité factice que nous communiquerions avec le cosmos.
Or, comme nous l’avons laissé à entendre, il convient de se demander s’il est possible de constituer une astrologie sur les apparences dont on a vu qu’elles sont de faux semblants : à la fois fausse unité mais aussi faux désordre.
Selon nous, l’astrologie ne peut fonctionner que sur un objet d’étude  nettoyé, purifié, décanté. Il est d’ailleurs un domaine particulièrement casse-cou pour les astrologues et qu’ils  pratiquent sans modération, c’est la biographie astrologique. En effet, la plupart des biographies sont lacunaires et il faut donc opérer un travail de reconstitution avant de se lancer dans une approche astrologique. Mais c’est alors que nos astrologues crient à la spéculation.  Etant donné qu’ils sont déjà sur la défensive, ils ne vont pas donner des verges pour se faire fouetter en se lançant dans des hypothèses nourries éventuellement par l’astrologie pour retrouver des données manquantes, ce dont ne se privent pas les vrais historiens. Dès lors, ils s’en tiennent, croient-ils prudemment, aux données connues. Pour nous, ce sont là des données brutes inutilisables en astrologie, surtout si l’on veut procéder à des comparaisons.   En tant qu’historien, nous savons à quel point, en fait, il est périlleux de raisonner sur les seules données disponibles. Car si le modèle astrologique a une certaine cohérence, il ne pourra s’appliquer que sur un terrain qui aura été  bien étayé. Ou alors, comme on a dit plus haut, le désordre baroque du thème, aggravé par les transits et autres « directions », est en phase avec l’inconsistance des données biographiques fournies. CQFD. En fait, tout cela ne fait sens que dans l’interdisciplinarité, ce qui signifie que l’outil astrologique doit être mis dans les mains des chercheurs, ce qui implique une certaine simplicité du dit outil. Là encore, nous buttons sur une autre forme de complexité : non seulement prétendue du ciel (on pense aux épicycles d’avant la révolution copernicienne), non seulement celle du thème, non seulement celle de la personne mais encore celle du savoir faire de l’astrologue qui exigerait des années d’étude, ce qui le rend difficilement transmissible. A contrario, nous pensons que l’outil astrologique doit être infiniment plus simple que la réalité qu’il entend appréhender et  que c’est cette simplicité même qui lui permet de poser les bonnes questions et d’ouvrir certaines pistes de recherche. La simplicité, c’est ce qui permet de prendre de la distance et de la hauteur.
Les recherches mal conduites souffrent en effet de deux mots apparemment incompatibles : elles gardent des données qui ne sont pas  essentielles et elles omettent des facteurs majeurs qu’elles ne parviennent  pas à  repérer parce qu’elles ne savent pas où aller les chercher, du fait d’une méthodologie inadéquate.
Pour en revenir à la notion de lien, il faut rappeler que notre esprit tend à lier spontanément les choses entre elles. Nous ne cessons de créer des liens qui n’existent que par notre intervention. En ce sens, c’est un jeu amusant que de relier une personne à un thème astral. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est qu’un jeu qui peut avoir certes valeur thérapeutique pour l’une ou/et l’autre des parties. Un comportement irresponsable consisterait  à se prendre au sérieux. Comme on dit : les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.   Le thème astral est un sous produit ludique de l’Astrologie, ni plus ni moins  et l’on sait d’ailleurs que l’on joue au tarot  tout comme l’on tire le tarot. Pourquoi ne jouerait-on pas à l’astrologie ? D’ailleurs, c’est probablement le cas pour le tarot qui doit beaucoup à l’astrologie, notamment à l’ancienne iconographie des maisons astrologiques (cf. notre étude en postface du livre d’Etteilla, l’Astrologie du Livre de Toth, Paris, 1993°.
On entend dans la bouche de certains astrologues pour justifier des corrélations établies par leur tradition que les astres et nous appartenons à la même Nature. C’est là un abus de langage. Le monde animal et le monde minéral ne sont liés que du fait d’une certaine symbiose qui au départ est contingente, surtout quand l’animal n’est relié au minéral que par le biais de la vue, qui est un sens qui nous rattache au lointain.  Il est clair que nous ne pouvons nous relier à ce que nous ne voyons même pas, ce qui est précisément le cas des planétes transsturniennes devenues incontournables pour l’astrologie contemporaine. Mais cette fois, le lien n’est visuel que par le biais des représentations. Une carte du ciel  supprime évidemment les distances. On a tout sous les yeux. De même que le fait de nommer les planétes lointaines de noms mythologiques plus ou moins familiers  supprime les distances. On entre  dans un univers de papier, livresque, romanesque. Ce lien avec le minéral, c’est aussi celui que nous constituons avec toutes sortes d’objets mais ce n’est aucunement un lien constitutif, même si l’enfant a du mal, dit-on,  à distinguer ce qui est lui et ce qui n’est pas lui, ce qui est organique et ce qui est instrumental, l’être et l’avoir. En ce sens, nous dirons que les femmes ont plus de mal que les hommes à explorer et à exploiter  leur propre équipement organique et vont donc privilégier les objets extérieurs, tant elles sont influençables par le milieu ambiant, donc enclines à se lier à lui. D’où une forte présence féminine dans le milieu astrologique ou d’hommes ayant une forte sensibilité féminine qui tend à privilégier l’extérieur sur l’intérieur et à mettre en doute les facultés de créativité humaines. Quelque part il y a une forme de castration et d’androphobie dans le fait de nier que l’astrologie n’aurait pas existé sans le génie masculin.
 
 
 
 
JHB
16. 11.12