Ptolémée et la Synastrie

 

Par  Jacques  Halbronn

 

On nous présente généralement la synastrie comme ne passant pas par la datation d’événements. On compare tous les points des deux thèmes comme si ces points étaient activés en permanence. Or, l’on peut raisonnablement se demander si le thème ne rassemble pas des données très diverses qui sont censées se déployer dans le temps. En ce sens, la synastrie – la comparaison de thèmes – nous interpelle sur la façon dont on doit aborder  une carte du ciel, de façon statique (espace) ou de façon dynamique (temps)

Que dit la Tétrabible de Ptolémée (traduction 1640 par  N. Bourdin) à ce sujet ? Au dernier livre (IV), au chapitre 7 « Des amis », on lit «  On voit souvent que dans les amitiés, il arrive des froideurs et des  ennuis, lorsque les plantés maléfiques arrivent aux lieux qui donnent les amitiés. Et entre les ennemis, les trêves et réconciliations lorsque les bons aspects y surviennent ». Le traducteur précise heureusement en note «par direction ou passage ». Mais le recours aux directions est confirmé dans le texte même, quelques lignes plus bas : « Mais dans les soudaines amitiés et discordes il faut considérer les mouvements des planétes ou lieux en l’une et l’autre naissance ; c'est-à-dire quand les significateurs de l’une viendront par direction au lieu d’un significateur de l’autre et c’est ainsi qu’arrivent les amitiés subites et qui n’ont pas plus de durée que jusqu’à ce que ces significateurs se séparent etc. »

L’auteur  termine  par une considération qui se prête à une approche quantitative :

« Mais les augmentations ou diminutions des amitiés et inimitiés  se doivent juger par le concours des quatre lieux principaux etc. ». On voit bien  qu’on est là face à un phénoméne  à étudier qui est sujet à variations (augmentation/ diminution) et cela implique que l’on appréhende un certain mouvement du ciel, que l’on fasse « bouger » le thème, notamment, comme le propose Roger Héquet, par le recours à des directions.Cette lecture « directionnelle » (on parle aussi de « progressions », de « profections »)  est confirmée dans l’édition de Pascal Charvet, à laquelle collabora Yves Lenoble.[1][1]

Le domaine médical se prête à l’étude des variations du fait de l’évolution de la maladie.

Plus généralement, l’astrologie est concernée par ce qui change.

Aphorisme 50 du Centiloque, autre texte attribué à Ptolémée :

« Ne délaisse aucune des 119 conjonctions. Car en elles est établie la connaissance des choses qui dans ce monde sont sujettes à génération et à corruption » (trad. N. Bourdin, 1651)

Il y a une certaine attirance dans ces textes pour ce qui varie de taille et de poids mais aussi d’âge. Mais il est bien évidemment question  de l’augmentation ou de la diminution  de la puissance  d’un astre.

 

L’aphorisme  81 résume  le calcul du temps notamment  par rapport à l’intervalle entre deux facteurs :

« Les temps se prennent en sept façons.

1 – de l’intervalle de deux dominateurs

2  de l’intervalle des configurations entre eux

3  De la rencontre de l’un avec l’autre

4  De l’intervalle entre eux, de l’un de ceux là et du lieu signifiant la chose cherchée

5 Du coucher de la planète avec augmentation ou diminution

6 Du changement du dominateur

7  De l’arrivée de la planète au lieu qui lui appartient »

« 

 

Un autre chapitre du Livre IV de la Tétrabible concerne la synastrie. Il s’agit du chapitre 5  « Des mariages ».

Or, étrangement, l’appareil prévisionnel  n’y est pas développé comme pour le chapitre 7.  En fait, seul le chapitre 5 semble disposer d’un tel dispositif directionnel qui semble ne plus figurer ailleurs.  C’est dire que la Tétrabible ou Apotelesmatique  (que l’on date du IIe siècle de notre ère)  ne nous est point parvenue intacte, que ce soit par soustraction ou/et  par addition.

Comme le laisse entendre le traducteur français du XVIIe siècle, on ne peut en effet exclure des interférences avec le texte d’origine (voir le commentaire de l’astrologue arabe Haly Rodoan qui pense que le texte est corrompu)

Le décalage entre la Tétrabible et le Centiloque montre assez nettement que les deux textes se complètent et que le Centiloque apporte des éléments qui ont disparu de la Tétrabible. On peut donc regretter que la plupart des éditions de la Tétrabible n’intègrent pas le Centiloque, d’autant que les manuscrits les plus anciens de la Tétrabible, qui nous soient parvenus, ne sont pas antérieurs au Ixe siècle de notre ère.

 

 

 

 

 

 

 

JHB

17. 01.13

 



 



[1][1] Ptolémée, Le Livre unique de l'ailrologie, traduction et commentaires de Pascal Charvet, Paris, Éditions Nil, 2000