Pour une approche matricielle de l’Astrologie

 

Par  Jacques Halbronn

 

 

Il y a diverses approches de l’Astrologie : d’une part, celles qui sont globales, «quantiques » qui veulent tout expliquer au moyen d’une technicité tentaculaire et de l’autre celles qui sont plus ciblées, plus centrées et que l’on peut qualifier de « matricielles ». L’approche matricielle ne se limite pas à l’astrologie, on s’en doute. Nous pensons ainsi qu’il existe une approche matricielle de la linguistique. (Dont nous avons traité dans notre rubrique « Langues » sur grande-conjonction.org)

La matricialité implique de déterminer un point de départ, d’ancrage à partir duquel  diverses dérivations peuvent se déployer. En astrologie, la matrice est la conjonction. En linguistique, la matrice est la racine.

Ceux qui suivent une approche « globale » ne ressentent pas le besoin de fixer une quelconque matrice. On pourrait résumer en parlant d’un certain nivellement. C’est ainsi que le soleil et la lune, en astrologie « globale », ne sont que des « planétes » comme les autres. En linguistique « globale », un verbe n’est pas plus important qu’un nom d’objet.

De nos jours, les astrologues ne semblent pas conscients de ce qui est central et de ce qui est périphérique. Prenons le cas des « aspects »,  il est pourtant assez clair que la conjonction est « matricielle », qu’elle est la « mère » des aspects qui en dérivent, qui la prolongent. De même, le 0° Bélier est matriciel par rapport au Zodiaque tropique, l’Ascendant (ou Horoscope) est matriciel par rapport aux 12 maisons astrologiques dites aussi autrefois « maisons de l’horoscope », ce qui a conduit à qualifier le thème d’ »horoscope » (horoscopie)..Trouver le point de départ, la matrice - d’un système est donc primordial. Tout le reste n’est que question de détails. Quand on ne sait pas où est la matrice, tout devient important. C’est là un symptôme qui ne trompe pas. Le globalisme  est du à une crise du matricialisme.  C’est le chaos. En ce sens l’astrologie actuelle est chaotique. Elle a perdu ses repères.

D’où l’urgence de rematricialiser l’astrologie, d’en couper les branches pour dégager le tronc si tant est qu’il y ait un tronc.

Une telle démarche passe par une ascèse. C’est ainsi qu’il faut débarrasser l’astrologie de toute sa dimension « symbolique », « mythologique », la ramener à une idée, à une structure simples. Par exemple, la rencontre d’une planète et d’une étoile, de deux principes qui viennent se joindre, comme lorsque les deux aiguilles – la grande et la petite- d’une horloge se superposent à midi et à minuit. Quand sur une île déserte, il n’y a qu’un homme et qu’une femme, pas besoin de prénom, il y a l’homme et il y a la femme. Un point c’est tout.

Or, force est de constater que l’astrologie a perdu la conscience de cette dualité originelle. Elle ne se sert plus des étoiles « fixes » et dès lors elle devient « complexée » car elle doit cacher ce manque, cette absence, le nier. Elle ne veut plus regarder le ciel car en regardant les planétes, comment pourrait-elle ignorer les étoiles au firmament ?

Dans les années 80 du siècle dernier, le sidéralisme est apparu comme la solution, autour d’un Dorsan notamment. L’astrologie était, nous disait-on, malade, victime, d’un décalage (de quelque 24° environ) appelé Ayanamsa, d’un terme sanscrit.  En fait,  le mal était bien plus profond que cela. Et la médication préconisée par Jean-Pierre Nicola (avec son RET) ne faisait pas non plus l’affaire. André Barbault avait également voulu faire le ménage en évacuant de l’astrologie «mondiale » tout un apparat zodiacal et mythologique mais il n’en gardait pas moins tout un ensemble de planétes, Pluton y compris. En fait, tel était bien là l’obstacle épistémologique : ne touche pas à mes « planétes » ! Pas touche !

On nous explique que les planétes sont justement la «matrice » de l’astrologie, dont tout dépend, dont tout découle. Or, selon nous, tant que l’on n’aura pas accepté de repenser la question des planétes en astrologie – le tabou planétaire- on ne s’en sortira pas. Un tabou qui est  lié à  l’abandon des « fixes », qui exige de se servir des transsaturniennes et des planétes naines, à commencer par Pluton, les dites planétes naines prenant en quelque sorte la place des étoiles fixes, du fait de leur lenteur.

Or, des planétes-aussi lentes soient-elles, ne sauraient remplacer une série d’étoiles fixes formant une figure géométrique régulière et immuable. En effet, le grand intérêt des fixes est qu’elles permettent d’assurer une certaine structuration, qu’elles fournissent un cadre rigide naturel, visible et connu depuis la plus haute Antiquité.

Prenons, en effet,  nos trois transsaturniennes dont l’Astrologie du XXe siècle s’enticha : Uranus, Neptune et Pluton. On sait très bien qu’elles ne peuvent fournir une telle armature comme le fait le zodiaque et dans le zodiaque singulièrement certaines fixes dites « royales », au nombre de quatre (Aldébaran, Regulus, Antarès et Fomalhaut). C’est en ce sens que Barbault a échoué en  faisant abstraction du Zodiaque en Mondiale avec son indice de concentration planétaire combinant Jupiter et Saturne avec les trois transsaturniennes, ce qui donnait des graphiques ne comportant aucune cohérence géométrique.  La seule vue du graphique Barbault vaut mieux qu’un long discours ; l’esthétique n’est pas au rendez-vous.

Prenons le cas de la « roulette », au casino. Il y a la boule et il y a la roue.  La boule, c’est la planète qui « roule », la roue, ce sont les étoiles fixes, qui forment des figures géométriques régulières. Les aspects nous rappellent cette dimension géométrique de l’astrologie : le trigone, le carré, le sextil etc., c’est ce qui avait fasciné Kepler mais il n’avait pas compris que les aspects devaient servir non pas aux planétes mais aux étoiles. A commencer par un « carré » d’étoiles. Les jeux de cartes (rami, poker)  nous rappellent  cette nécessité avec la « tierce »(le brelan), le carré, la paire.  Qu’est –ce en effet qu’un carré, sinon quand on place, sur un cercle, les 4 « couleurs » à la suite l’une de l’autre, une même « pièce »  se retrouvant 4 fois, ce qui forme un carré. Et dans un carré, il n’importe plus qu’il y ait du cœur, du pique, du carreau ou du trèfle, ce qui compte, c’est que l’on ait un élément de chaque couleur.

L’astrologie contemporaine est saturée de données astronomiques liées au systéme solaire. Tant qu’il n’y avait qu’un nombre limité de planétes,  la complémentarité avec les étoiles fixes faisait sens.  Plus il y a pléthore de planétes en tous genres et plus  la différenciation entre planétes et étoiles devient difficile, et les étoiles fixes ont fini par être reléguées dans une sorte de Sibérie sans retour. La dualité est maintenue par la relation planétes/signes si ce n’est que les signes ne sont que des dérivations, des subdivisions qui n’ont aucune réalité à la différence des étoiles fixes. On peut visualiser une conjonction Saturne-Antarés pas un passage de Saturne du signe du taureau au signe des gémeaux. Même le passage d’un astre sur les axes équinoxiaux et solsticiaux  ne correspond à rien de « corporel » et astronomiquement, cela ne fait aucun sens au regard du systéme solaire.  L’astrologie est un savoir sans domicile fixe.

Mais la matricialité doit se retrouver également au  niveau de la définition principale de l’astrologie qui ne saurait être confondue avec des applications annexes, secondaires. Là encore tout indique que les astrologues soient égarés (comme dirait Maimonide), déboussolés, quant à l’usage de leur savoir. Il serait bon qu’ils comprennent  que l’astrologie a d’abord vocation à  traiter de la cyclicité du monde, encore que cette cyclicité - évolution/involution- ne soit pas une fin en soi mais plutôt le résultat d’une inévitable déperdition d’information au bout d’un certain temps, une sorte de mort suivie d’une renaissance, d’une réincarnation.  Matriciellement, le sujet de l’astrologie n’est pas l’individu mais la société, l’Etat. Toute individuation est le symptome d’un dysfonctionnement, c'est-à-dire d’un isolement, d’un cloisonnement. L’astrologie, matriciellement, ne saurait donc avoir pour objet  ce qui est de l’ordre de l’aberration et de l’excentricité.

 

 

JHB

26. 12. 12.