Mirages du panthéisme astrologique

 

Par  Jacques Halbronn

Autour du Colloque des  20 et 21 décembre 2012  sur Astronomie et Astrologie

 

 

 

A partir du moment où  l’on dispose en astrologie d’un grand nombre d’astres – d’un nombre grandissant en fait- quels sont les effets sur la pensée  astrologique ?Est-ce que le rôle de chaque astre, en particulier, ne s’en trouve pas restreint ? N’est-on pas aux antipodes d’une démarche ontologique face à une sorte de panthéisme et de panthéon ?Le thème astral  est le « porteur » d’un tel panthéisme. Cela semble conduire à une astrologie boulimique de la totalité, à laquelle rien ne saurait échapper, qui ne renoncerait à rien, à une sorte d’hyper-savoir qui ferait de l’astrologie une « science » à part.

Or,  quand on examine les divers outils astrologiques en dehors des astres, à proprement parler, force est de constater que tout est organisé, nous semble-t-il, pour que l’on puisse fonder une astrologie monoplanétaire. En effet, est-ce que le zodiaque n’introduit pas des variations modifiant le caractère de l’astre qui traverse les signes, l’un après l’autre ? Est- ce que lorsque l’on se sert de deux astres, l’on ne peut mettre en place un ballet complexe d’aspects ? Mais cela vaut surtout  pour une astrologie en mouvement.

A partir du moment où l’on bascule vers une astrologie qui rend compte d’un moment donné – ce qui est le propre du « thème »-natal ou horaire-l’on spatialise l’Astrologie. Le thème, en soi, ne permet plus le temps. Dès lors, on compensera par le nombre de facteurs planétaires et l’on passera, par la force des choses, d’une astrologie prévisionnelle à une astro-psychologie porteuse d’une constante. Autrement dit,  le fait de devoir renoncer aux deux dynamiques que sont les aspects et les signes, qui ne font sens que dans la durée oblige l’astrologue qui ne dispose plus que d’un « cliche » ponctuel, d’une « coupe », à procéder autrement. Pour bénéficier de la dynamique perdue, il doit en créer une autre qui n’est plus de l’ordre de la cyclicité mais de la juxtaposition, de la cohabitation..

Au lieu de suivre une planète ou un couple de planétes dans le temps, on va devoir  recourir à un grand nombre de planétes, disposées entre divers signes zodiacaux et entretenant entre elles des «aspects ». Au lieu d’étudier l’aspect qui se forme au cours du cycle entre deux planétes ou entre une planète et un point  spécifique (point vernal, étoile etc), l’on s’intéressera alors aux relations entre les diverses planétes du système solaire telles qu’elles se trouvent positionnées  en un instant T, qui est celui de la naissance, de la consultation/interrogation, de l’événement.(y compris en mondiale).

Dans ce nouvel état de choses,  les diverses planétes dispersées dans le zodiaque  remplacent en quelque sorte le cycle d’une planète (ou d’un duo planétaire) ;  dans ce nouvel état de choses,  les diverses planétes dispersées dans le zodiaque  remplacent en quelque sorte le cycle d’une planète (ou d’un duo planétaire),  s’y substituent. Les aspects qui pourront s’y déterminer- avec l’aide d’orbes plus ou moins extensibles, d’encadrements (Volguine)- feront l’affaire, faute de pouvoir aborder la dimension cyclique liée au passage d’un astre  sur une certaine période de temps. Au carré entre un astre et son repère (autre astre, étoile, point vernal etc.), viendra  se proposer, à la place, un carré entre toute planète du ciel, quelle qu’elle soit et tout à l’avenant.

De la sorte, on réalise l’exploit de télescoper, si l’on veut, en un seul instant tout un processus censé se déployer dans le temps. Cela conduit à faire intervenir divers personnages car cette astrologie spatiale accorde la plus grande importance aux rencontres, à l’entourage, d’où la signification des maisons astrologiques qui nous décrivent toute une gallérie d’acteurs de notre vie. C’est ainsi que l’on aboutit à une typologie zodiacale et à une typologie planétaire qui renvoient à une sorte de comédie humaine  grouillante,  à un théâtre de la vie. Il y a du théâtre dans le thème et l’on sait que la tradition astrologique permet d’identifier telle planète à tel personnage, ne serait-ce que par le biais de la mythologie. De la sorte,  il sera possible de décrire l’environnement de la personne, tous ceux qui gravitent autour d’elle et l’astrologie n’aura rien à envier à ces cartomanciennes qui nous décrivent telle dame ou tel monsieur jouant un certain rôle dans notre existence, incarné par tel astre ou tel signe plus ou moins favorable, ne serait-ce que par l’aspect « harmonique » ou « dissonant » entre deux astres du thème. Comme l’on peut aussi dresser le thème du jour, l’astrologue est en mesure de décrire ce qui est en train de se jouer, ici et maintenant, en se servant de son « clavier », à la façon d’un organiste...

Dès lors, chaque nouvelle planète entrant en lice, grâce à l’industrie des astronomes, toujours en quête de nouveaux astres, viendra enrichir  la palette de l’astrologue, accroitre le nombre d’aspects, de signes à considérer, à combiner. S’il le souhaite, il lui sera loisible, au lieu de décrire un macrocosme de se limiter à un microcosme, en situant tous les protagonistes non plus comme constituant l’environnement extérieur du client mais son environnement intérieur, ses représentations, ses «images » (celle du père, de la mère etc.). Chaque planète correspond à une sorte de « démon », qui a sa tonalité propre et que l’on apprend à identifie,  à une bonne ou à une mauvaise fée, un ange bénéfique ou maléfique comme dans quelque conte pour enfants, qui nous inspire dans un sens ou dans un autre, qui nous fait faire des choses dont on aura ou non à se féliciter ou à se désoler.

Si l’on en revient au modèle d’origine, qui se contentait d’un seul pôle, constitué par exemple des luminaires ou  de Jupiter et de Saturne ou de Saturne et d’une étoile fixe royale ou de telle planète parcourant le zodiaque à son rythme, nous avions là  l’idée d’un changement, d’une évolution cyclique. C'est-à-dire que l’astrologie nous disait comment nous nous transformions au cours d’une certaine période de temps, passant par des états successifs.  Avec cette astrologie du « thème », on n’est plus dans les transformations de l’être mais dans un monde tribal, collégial, familial où les changements sont liés à des déplacements dans l’espace : on va rendre visite à l’un, à l’autre avec des changements qui peuvent se jouer en un très court laps de temps, quasiment dans la simultanéité, comme les gens que l’on peut rencontrer au cours d’une même journée...

Les dieux de l’Olympe et les animaux (du zodiaque) constituent un ensemble de personnages que l’on peut représenter, qui ont une forme, une présence, une identité et que l’on peut convoquer. En ce sens, l’astrologie serait une sorte de « tarot », tant pour les lames majeures que mineures, avec ses quatre couleurs.

Nous sommes ici en présence de deux stratégies : l’interrogation  peut renvoyer soit à une date ultérieure, impliquer l’attente de quelque chose qui n’est pas encore advenu, soit impliquer le recours  à d’autres personnes qui se situent dans un autre lieu (et non pas un autre temps), ce qui signifie un déplacement spatial, un appel à l’aide,  au secours.

Autrement dit, nous avons affaire à deux mentalités : l’une qui se fie à elle-même projetée dans le temps futur- on trouvera la solution si l’on nous en donne le temps et l’autre qui fait appel à autrui, l’idée d’un changement interne étant impensable.

L’enfant est plus à son aise en circulant d’un personnage  à l’autre de son entourage qu’en se projetant dans un avenir virtuel, ce qui correspond au passage à l’âge adulte, responsable. Les personnes qui pratiquent l’astrologie « spatiale » sont immatures. Elles n’ont pas la mémoire de ce qu’elles ont été et donc ne peuvent se situer  dans le futur. Elles vivent dans un présent complexe mais tangible.

Nous pensons qu’il y a là un phénoméne qui renvoie au cerveau droit et au cerveau gauche, à l’animus et à l’anima.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

24. 12..12