Epistémologie de l’Astrologie Mondiale.  Autour d’Albumasar.

 

Par  Jacques Halbronn

 

 

Un des grands avantages de ce que nous appelons l’astrologie conjonctionnelle tient au fait  qu’elle ne prend en considération que les conjonctions se produisant entre deux corps célestes visibles à l’œil nu et connus depuis des millénaires par les sociétés humaines. En ce sens, notre astrologie est l’héritière de l’astrologue du Ixe siècle Albumasar qui avait révolutionné l’Astrologie Mondiale en coupant le cordon ombilical qui la reliait à des chronologies douteuses sur la durée du monde depuis sa  « Création ». Une telle astrologie dépendante des représentations bibliques  comportait une cyclicité (300 ans, 354 ans etc) dont le point de départ était problématique puisque dépendant des Ecritures, d’autant que tous les chronologistes n’étaient pas d’accord entre eux, comme le montre l’Epitre à Henri II, signée Nostradamus en 1558, qui en juxtapose deux divergentes.

L’astrologie mondiale actuelle ne se réfère plus à de telles données chronologiques et donc a rompu avec la science historique traditionnelle. Mais elle demeure dépendante du cycle saisonnier par l’importance qu’elle accorde au point vernal. Chez les sidéralistes, cela dépend d’une certaine tradition liée à une étoile fixe qui aurait correspondu, à un certain moment, avec le dit point vernal, ce qui nous renvoie à une historicité douteuse. Quant aux tenants de la –théorie des ères précessionnelles, ils dépendent d’une certaine façon de découper le zodiaque en constellations, qui reléve d’une certaine tradition, puisque l’important est la position du point vernal, projeté sur le ciel.

Or, selon nous, l’astronomie n’a que faire du cycle des saisons et il serait bon de couper les ponts avec un tel référentiel qui reste dominant en astrologie mondiale quant à l’importance accordé au passage d’une planète d’un signe à un autre (en tropique). Le tropicalisme s’appuie totalement sur le cycle des saisons puisque son point de départ est le point vernal dans l’hémisphère nord. Le grand inconvénient, c’est que d’un point de vue de l’observation du ciel, un tel découpage reste parfaitement abstrait et invisible. Parler d’une conjonction d’une planète avec le point vernal ou avec le début de tel signe –or une planète en signe c’est d’abord le  passage d’un signe à un autre- est une fiction d’un point de vue astronomique, encore plus que les nœuds de la lune qui ont, au moins, l’avantage de s’inscrire dans une certaine logique astronomique, liée aux éclipses.

Est-ce à dire que la solution est celle proposée par Albumasar, il y a plus d’un millénaire à savoir la combinatoire entre Jupiter et Saturne ? Le problème, c’est qu’entre temps, on à découvert des planétes au-delà de Saturne, à commencer par Uranus et Neptune, pour ne pas parler des planétes naines comme Pluton ou Cérès. A partir de là, on a plusieurs possibilités cycliques  et cela fait désordre. André Barbault a tenté de combiner en un super-cycle toutes ces données mais on est alors obligé de renoncer à un principe fondamental de l’astrologie d’Albumasar à savoir la régularité et l’égalité des phases., ce qui conduit aussi à des durées périodiques plus importantes, la conjonction Jupiter-Saturne se reproduisant tous les 20 ans seulement alors que celle de Saturne avec Neptune met quasiment deux fois plus de temps pour se reformer.(36 ans).

Le grand tort d’Albumasar est d’avoir abandonné les étoiles fixes au sein de l’Astrologie Mondiale et de se référer, même si son système n’en a pas besoin fondamentalement- aux triplicités zodiacales tropiques (les 4 Eléments). On pourrait certes se contenter d’un cycle de 20 ans sans entrer dans le jeu des 4 Eléments et du période de 800/900 ans. Le système Jupiter-Saturne fait ainsi pendant au système mensuel Soleil-Lune, comme une sorte d’octave supérieure. On pourrait même découper chaque cycle en périodes de dix ans, à l’opposition de Jupiter à Saturne, créant ainsi un processus d’involution, de ce que nous avons appelé la phase 2 dans de précédents textes, soit une phase d’amortissement, de compensation.

Mais astronomiquement, ces conjonctions ont le tort de se déplacer d’une fois sur l’autre d’environ 120° et sur 1000 ans environ  on peut dire que de telles conjonctions ont eu lieu sur tout l’écliptique. Il en est ainsi également, il est vrai, pour le cycle soleil-lune en un an, avec une succession de nouvelles lunes –(et de pleines lunes, à l’opposition)

Le point faible du système d’Albumasar, c’est, en outre et par voie de conséquence, que le cycle constitué par Jupiter et Saturne ne correspond à aucune réalité sidérale en ce sens que ce n’est ni la révolution sidérale de Jupiter (12 ans)  ni celle de Saturne (29 ans)  mais une donnée intermédiaire, moyenne (20 ans). Or, le ciel des Anciens  respecte une certaine forme de cohérence numérique. C’’est ainsi que le cycle de la Lune est comparable numériquement à celui de Saturne. La conjonction avec le soleil ne modifie que faiblement ce chiffre, vue la rapidité même de notre satellite alors qu’il en est tout autrement pour Jupiter qui passe ainsi de 12 à 20 ans, soit une augmentation de plus d’un tiers. La loi de Titius Bode, également, depuis la fin du XVIIIe siècle, met en évidence une certaine progression des vitesses de révolution, de Jupiter à Saturne, de Saturne à Uranus, par un multiple de trois (cela ne marche plus avec Neptune mais correspond assez bien avec Pluton). C’est ainsi d’ailleurs que la position de Cérès s’inscrit entre Mars et Jupiter.

Pour respecter le caractère numérique sous tendant le système « solaire », on ne peut en fait combiner les planétes entre elles. Il importe de recourir à un facteur neutre, à savoir une étoile et d’ailleurs c’est par rapport à une étoile fixe que l’on détermine la révolution sidérale d’une planète. Le zodiaque tropique est un substitut au recours aux étoiles, il n’est pas absent, on l’a vu, du système d’Albumasar, articulé sur les « triplicités » élémentaires mais dans ce cas pourquoi combiner deux planétes entre elles et pas seulement associer une planète avec le point vernal ou avec les deux axes équinoxiaux et solsticiaux, ce qui correspond aux quatre signes « mobiles » ‘(cardinaux) ? Pourquoi ne pas s’intéresser au retour de Saturne sur le point vernal ? Le système d’Albumasar reste hybride en ce qu’il recourt, du moins dans un deuxième temps, au cycle saisonnier au lieu de se situer sur un plan purement astronomique, sans de telles interférences et projections.

Nous dirons qu’Albumasar n’a pas pris la véritable mesure du Zodiaque, dont le fondement est stellaire et ancré sur un quadrilatère stellaire naturel, constitué des quatre étoiles fixes royales, mises en avant déjà par les Perses, 3000 ans avant J. C., peut être même avant que l’on en arrive à distinguerai entre planétes et étoiles.

.Or, ce distinguo planétes/étoiles est fondateur de l’astrologie et il importe d’en respecter la dynamique, la dialectique. On ne peut pas raisonnablement remplacer une structure stellaire visible dans le ciel par le recours à des axes tropiques qui ne sont pas visibles et que nul ne perçoit matériellement.  En tout état de cause, l’idée d’une division en quatre du processus cyclique apparait comme structurellement  récurrente tant au niveau des 4 étoiles fixes royales que de la succession des 4 saisons (terme qui signifie stade, station). Cela a donné les 4 semaines du mois et le septième jour dans les religions judéo-chrétiennes. (Un des Dix Commandements)

Or, Albumasar, de facto, abandonne cette division en quatre pour une division en trois (triplicité), puisque les conjonctions Jupiter-Saturne se situent non pas sur un carré mais sur un triangle (trigone). Il y est contraint par le choix même de ce couple Jupiter-Saturne, ce qui en limite d’autant l’intérêt. En fait, il semble bien que l’intérêt porté au 4 ne soit pas tant lié aux 4 saisons qu’aux 4 semaines du cycle soli-lunaire qui a une valeur matricielle. Cela crée une certaine confusion qui aura contribué à survaloriser l’importance du référentiel saisonnier qui ne joue aucun rôle dans notre système, même sur un plan analogique et matriciel.

Cela dit, on ne contestera pas qu’historiquement,  les 12 mois – qui sont fonction des 12 rencontres soli-lunaires pendant l’année- - n’aient été associés aux activités saisonnières : cela ressort d’une étude du symbolisme zodiacal, lien par ailleurs très mal connu des astrologues eux-mêmes. Cet amalgame s’explique assez facilement par le fait que le cycle soli-lunaire annuel peut être rapproché du cycle des saisons même si le début des saisons n’a rien à voir avec le dit cycle, pas plus d’ailleurs que le découpage en 12.....

Quant à l’intérêt qu’Albumasar peut trouver dans la possibilité de combiner les cycles Jupiter-Saturne pour couvrir des périodes de près de 1000 ans (durée qui sera réduite par la suite à 800 ans), cela correspond à une volonté de recourir à l’astrologie, à l’instar de ses prédécesseurs, pour baliser l’Histoire de l’Humanité.  Or, nous pensons que telle n’est pas la voie que doit suivre l’astrologie et pas plus sa vocation d’origine qui était à une échelle bien plus modeste, de sept ans en sept ans, à l’instar du Songe de Pharaon encore que pour nous l’alternance des vaches grasses et des vaches maigres ne se situe pas de 7 ans en 7 ans mais au sein même d’un cycle de 7 ans car comment distinguer un cycle d’un autre ? Nous avons trouvé la solution- en nous inspirant de l’astrologie chinoise- en considérant qu’un cycle se divise de lui-même en deux temps (Yin Yang), le premier temps conduisant au second temps par un processus d’épuisement, de saturation, n’exigeant aucune configuration astronomique particulière mais relevant de la dynamique binaire  interne du cycle....

On notera que dans le système d’Albumasar, on a coupé avec toute référence mythologique. Jupiter et Saturne ne sont que des vecteurs. De même dans notre système, nous n’attribuons aucune signification mythologique à Saturne (hormis le fait qu’il représente le tems (Kronos, nom de Saturne dans la mythologie grecque) pas plus que nous différencions les 4 étoiles fixes entre elles.

A la suite d’Albumasar, il y a là une émancipation tant à l’égard de l’histoire des origines, du « commencement » du monde qu’à l’égard de la mythologie. En insistant sur les 4 Eléments, Albumasar évacue en fait la signification proprement zodiacale des signes[1][1].

 

JHB

04. 01/.13

 



 



[1][1]  P. de Wever.  Le temps mesuré par les sciences. L’hommme à l’échelle géologique, Muséum d’Histoire Naturelle, 2002