L’astuce de la traduction astrologique

 

 

Ce qui se ressemble s’assemble. Notre intellect se plait  à rapprocher ce qui est semblable. C’est alors qu’une recherche  se voit confirmée quant à son bien fondé comme lorsque l’on trouve celui qui correspond au « portrait robot ».

Or, avec l’astrologie actuelle engoncée dans son jargon, une telle expérience devient très improbable. Jamais un non astrologue ne se servira spontanément du langage de l’astrologue.

Selon nous, la nouvelle astrologie devra parler le langage de l’homme de la rue, faire écho à la façon dont les gens parlent du monde.

Autrefois, d’ailleurs, avant que le langage astrologique ne devienne opaque et abscons, le nom des signes renvoyait à  un certain mode de vie, à des moments de l’année. La mythologie n’est venue qu’après. D’ailleurs, la signification des maisons est, quant à elle, assez parlante par comparaison avec la formulation zodiacale.

De quoi nous parle le langage astrologique ? De processus. Tout est processus en astrologie et s’il y a mille façon de  décrire un processus, cela revient toujours au même : il y a tôt ou tard fatigue, vieillissement, dépérissement.

Ce qu’on attend de l’astrologue, c’est qu’il nous situe ce processus dans le temps, qu’il nous informe du compte à rebours.

La pluralité de l’astrologie ne concerne pas la diversité des processus mais la diversité des étapes d’un seul et même processus. C’est là que se situe un contresens majeur et fatal pour la pensée astrologique, quand on a transposé les données de temps en données d’espaces, une typologie des stades en une typologie des personnes, ce qu’a fait André Barbault en diffusant la typologie zodiacale, par le truchement de la collection du Seuil, à partir des années Cinquante du siècle dernier.

Tout dépend évidemment de ce que l’on doit entendre par astropsychologie. Il y a une astropsychologie qui nous dit à quel point nous sommes traversés par des forces contradictoires et une astropsychologie qui nous dit à quel point nous passons par des états contradictoires. Nuance !

C’est la seconde qui est la bonne !

Tout dépend aussi de ce que l’on doit entendre par « prévision ». Il y a une prévision qui dit que nous allons avoir la fin du monde ou la fin d’un monde, tant à l’échelle collective qu’individuelle et une prévision cyclique qui nous enseigne que tout  finit par recommencer et que rien n’est en soi définitif. C’est la seconde qui est la bonne !

Mais pour repartir sur le bon pied, faire un bon départ, il importe de parler comme tout le monde de sorte que lorsque l’astrologue parle, tout le monde comprenne ce qu’il veut dire, dans les grandes lignes.

Evitons les traductions. Elles sont, il est vrai, bien commodes car on peut ainsi faire dire à un texte, à un propos ce que l’on veut. Nous le savons en ce qui concerne Nostradamus quand un quatrain est traduit dans une autre langue, ce qui permet d’en infléchir le sens.

Le mot « interprète » est synonyme de traducteur – cela a donné le mot truchement qui vient de l’arabe. Les italiens jouent sur les mots : tradutore- traditore. Tout traducteur est un traître, qui « trahit » le texte.

Comprenons que l’astrologue félon  a tout à gagner à recourir à une langue obscure car il lui revient alors de la traduire à sa guise. Cela lui donne de la marge. Au lieu d’être directement en prise, en phase avec son interlocuteur, il installe un écran protecteur. Ainsi, il fait dire à l’astrologie ce qu’il veut puisque son interlocuteur n’a pas accès à la source. Tout comme un traducteur peut raconter ce qu’il veut à quelqu’un qui ne connait pas la langue d’origine.

En ce sens,  Nostradamus est bien plus crédible en anglais qu’en français.  D’où son succès à l’échelle mondiale. Il faudrait montrer à quel point la traduction est déjà une interprétation biaisée sur laquelle viendra se greffer le commentaire proprement dit.  Pour un chinois, le français de Nostradamus est inaccessible.

Quelque part, avec Nostradamus, l’ésotérisme apprend à jargonner, à surimposer au texte  un discours qui est supposé être celui  d’origine, alors qu’il est déjà  orienté dans le sens voulu.

De tels procédés sont répréhensibles, au regard d’un code de déontologie. Il convient que l’astrologie parle en  clair et non de façon cryptée et qu’elle le fasse non pas au niveau de l’interprète mais d’entrée de jeu.

On sait que la traduction de la Bible en allemand par Luther, au début du XVIe siècle avait fait scandale. Il est temps que l’astrologie soit « traduite » en langue moderne, ce qui signifie qu’elle renonce à la symbolique planétaro-zodiacale. On nous dira que les astrologues risquent fort de ne pas se mettre d’accord sur cette traduction. Cela importe peu du moment que la langue utilisée est immédiatement compréhensible et sans détour suspect. Il faut que lorsque l’on lit le journal, les mots fassent écho à ceux de cette nouvelle astrologie.  Si l’on voit sur une page de magazine : « la prostitution, de la tolérance à la prohibition », par exemple, que cela fasse un déclic au niveau cyclique. L’on nous objectera que l’avantage du symbole, c’est sa polysémie. Mais tout langage est polysémique, là n’est pas le probléme..

Il ne suffit pas, on l’aura compris, de demander à l’astrologue de parler dans la langue de son client mais bien de se servir d’un outil qui, en tant que tel, n’exige pas de traduction  ce qui implique la disparition pure et simple du jargon astrologique. La seule spécificité de l’astrologie doit être dans son recours au calendrier, aux dates, c'est-à-dire une combinatoire du langage avec un certain chiffrage..On doit aller voir l’astrologue pour « chiffrer » les choses et encore  le mode de chiffrage doit il être à la portée du premier venu..

En fait, ce qu’on demande à l’astrologue, c’est du fait de son expérience acquise sur le terrain, de son vécu au contact d’un grand nombre de cas, de corriger certaines erreurs d’appréciation, de valider un point de vue, tout comme quelqu’un qui est souffrant  a une certaine idée de ce qu’il a mais veut s’en assurer et trouver des solutions optimales auprès de l’homme de l’art.  Ce qu’on devra attendre de l’astrologue moderne, c’est des conseils pour vivre au mieux ce par quoi on passe, une certaine expertise qui ne lui est pas tant donnée par son outil mais par l’usage qu’il en fait..

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JHB

27. 12.12