Astrologie et cartographie

 

Par  Jacques  Halbronn

 

Qu’est ce qu’une bonne prévision ?  C’est quand on annonce quelque chose pour un temps X et que non seulement cela se produit mais aussi que le contraire ne se produit pas, pendant le laps de temps considéré. Or, dans la plupart des  cas, si l’on cherche bien on trouvera des éléments allant en sens inverse. C’est là le hic ! Tricher sur le plan prévisionnel, c’est  laisser croire que ce n’est pas le cas. Mais  les astrologues spéculent sur la paresse ou l’ignorance du public. Bien entendu, ce que nous disons vaut surtout pour le passé car la validité d’une méthode prévisionnelle  se joue largement au niveau rétrospectif. Il est clair que plus la période que l’on entend couvrir n’est longue, plus un tel risque n’existe d’une juxtaposition de faits opposés. D’où l’intérêt d’opter pour des périodes relativement brèves. D’un autre côté, si la période est trop courte, cela bascule dans la pile ou face.

Encore faudrait-il pouvoir nous dire ce qu’est une chose et son contraire. Une telle exigence permet singulièrement de cerner le champ de l’astrologie, à savoir  que l’on ne peut annoncer que ce qui est réversible, avant ou après. Si un astrologue prévoit quelque chose dont on ne voit ce qui pourrait être l’inverse, on est mal.  Par exemple, si je dis qu’il va  y avoir un assassinat à telle date, en quoi consisterait le cas opposé ? On voit donc que l’on peut éliminer un certain nombre de pronostics, déjà sur le papier et avant même d’aller voir sur le terrain.  Or, force est de constater une certaine impréparation  qui fait que l’on accepte des expériences qui, d’entrée de jeu, ne font pas sens.

Comme exemple de « prévision » apparemment « jouable », si je dis que la semaine prochaine, il fera chaud, cela signifie, comme dirait Monsieur de la Palice, qu’il ne fera pas froid. Si ce n’est pas le cas, je ne peux prendre au sérieux cette prévision. Une prévision qui semble  pertinente : pendant les six prochaines heures, à tel endroit, il fera nuit et pas jour. Là, on est dans le sûr. Mais on n’a pas besoin des astrologues pour en dire autant.

Que peuvent donc annoncer les astrologues qui aient une certaine crédibilité et un quelconque intérêt général ? Si j’annonce quelque chose d’important, il faudrait prouver que tout ce qui va se passer durant la période indiqué ne sera sans importance. Ce qui est très évidemment absurde.

En fait, au fur et à mesure de cet exercice, l’on se rend compte que la prévision astrologique  ne peut qu’être singulièrement circonscrite. Depuis une quarantaine d’années, nous avons mis le doigt sur une problématique qui nous semble assez satisfaisante au regard des critères que nous avons posés ici, à savoir la dialectique de l’unicité et de la multiplicité, deux processus qui semblent en effet difficilement concomitants. C’est comme si j’annonçais que tel objet va grandir ou qu’il va rapetisser. C’est l’un ou l’autre. Pas les deux à la fois. On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre.

L’avantage de la formulation, c’est qu’elle comporte une dimension visuelle. Cela monte ou cela descend, cela augmente ou cela diminue. Une prévision astrologique doit être visualisable : non seulement quant à la configuration astrale mais aussi quant à  ce qui est annoncé. A ce propos, si dans le modèle astrologique utilisé, on peut dire une chose et son contraire, cela perd aussi beaucoup de son intérêt, on en conviendra. Or, force est de constater que le thème astral agrémenté de transits  prête le flanc à une telle critique. C’est pourquoi certains chercheurs comme André Barbault ont voulu prendre de la distance par rapport au « thème » en optant pour des représentations plus dépouillées du ciel, donc plus univoques. C’est le cas de son « indice » cyclique qui d’un point de vue visuel, ne peut comporter de contradiction puisqu’il est le  résultat d’une synthèse. En un instant T, le coefficient est tel et ne peut être autre chose. En revanche, si chaque facteur astrologique a son propre coefficient, on ne peut alors « sauver » le modèle. Malheureusement, comme on l’a vu plus haut, la prévision astrologique de Barbault n’était pas visualisable : il annonce des périodes alternant la détente et la tension mais est-ce à dire que les périodes de tension ne comportent pas de détente et vice versa ? Cela ne peut donc être concluant.

Comme nous le disions, il y a 40 ans que nous avions observé qu’il y avait des périodes où la carte du monde se complexifiait et d’autres où elle se simplifiait. Dans les années soixante, nous avions été frappés par ce qui s’était passé en Afrique avec  cette multiplication du nombre d’Etats, chacun doté de sa « capitale ». Les atlas géographiques mettaient ainsi en évidence les blocs avec la même couleur ou au contraire leur disparition. Cela nous était donc apparu comme pouvant et devant faire l’objet d’une prévision astrologique non pas seulement ponctuelle mais cyclique, c'est-à-dire avec une phase A  et une phase B (unicité. /Multiplicité) et ainsi de suite.

Bien entendu, cette intuition initiale allait devoir être retravaillée et ne pas se limiter à des questions territoriales encore que  les conflits, notamment religieux, aient  des effets de répartition territoriale, ce qui a donné lieu à des partitions en Inde, en Irlande,  en Palestine au XXe siècle. De nos jours, les politologues peuvent dresser des cartes de l’électorat et conférer une dimension visuelle à des sondages d’opinion. Autrement dit,  l’astrologie et la cartographie doivent œuvrer de concert si l’on s’en tient à ce critère de l’accroissement ou de la diminution des clivages sur une certaine période de temps, avec la mise en évidence d’un renversement de tendance, à partir de tel moment.

L’astrologie ne peut être si elle n’est pas prévisionnelle car la prévision permet de situer les contradictions dans le temps. Essayer de faire cohabiter des tendances contradictoires est épistémologiquement suicidaire pour l’astrologie. Or, l’astropsychologie gère mal cette question des contradictions en ne cherchant pas à les situer dans le temps, en restant dans un « tantôt, tantôt » des plus vagues, qui ne parviendra  jamais à « prouver » l’astrologie. Bien plus, cette astropsychologie est en voie de contaminer l’astrologie mondiale.

 

 

 

 

 

 

JHB

13. 01.13