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Éditorial
Vive les ingénieurs! |
Revue
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Le problème de chacun d'entre nous tient avant tout à nos perceptions figées et profanes des choses. D'où une dualité qui nous traverse tous et qui générer des décalages considérables, entre ce que nous percevons de l'intérieur et ce que nous captons de l'extérieur. Pour la plupart d'entre nous, les domaines de véritable compétence sont extrêmement limités mais souvent nous ne nous l'avouons pas ou tentons de le dissimuler. Certains diront que c'est là une fatalité et que l'on ne peut tout savoir et comprendre sur tout. Mais que se passe-t-il quand on aborde un sujet que l'on connaît mal, que l'on accepte comme tel, comme un objet figé et non comme un processus en mouvement? Le propre d'un ingénieur est, selon nous, cette faculté à ne pas rester à la surface, à l'apparence des choses et de rendre ainsi possible l'exercice d'une certaine liberté non pas tant individuelle que collective. Il n'est pas un seul domaine qui n'exige des ingénieurs: cela vaut pour l'informatique, pour l'électricité ou pour l'électronique mais cela vaut aussi pour le Droit, pour la Linguistique, pour l'Économie, pour l'Histoire, pour l'Archéologie, pour la Psychologie, la Religion etc même si le mot ingénieur n'y est pas usité. Rédiger une nouvelle Constitution, une nouvelle règle monastique (on parlerait aujourd'hui de secte), gérer le développement d'une langue, revoir un traité, réécrire une chronologie, permet à l'Humanité d'avancer. Mieux vaut une tête bien faite que bien pleine. Un Napoléon Bonaparte était un ingénieur capable de repenser aussi bien le Code Civil que l'art de la stratégie militaire. Entre ingénieurs, on se comprend et ce d'abord parce que l'on ne craint pas d'affronter la complexité, que l'on ne se précipite pas sur les conclusions, que l'on ne cherche pas à clore le débat prématurément. Quand on maîtrise mal un domaine, l'on doit reconnaître son handicap et savoir que l'on n'est pas performant, que l'on n'a pas un jugement fiable. Pour notre part, nous ne sommes pas favorable à la spécialisation à outrance et trop précoce. En revanche, nous encourageons une multiplication des spécialisations, ce qui conduit à l'ingénieur "polytechnique", qui est capable d'entrer dans n'importe quel domaine sans difficulté, en y développant une certaine liberté de conception. Pour un ingénieur au plein sens du terme, rien n'est acquis une fois pour toutes, tout peut évoluer, être remis en question. L'esprit "ingénieur", c'est de ne rien tenir pour acquis et surtout point pour achevé et bouclé une fois pour toutes. Encore faut-il bien insister sur le fait qu'il ne s'agit pas ici de la marge de manoeuvre de tout exécutant mais bien de la structure elle-même qui est à réélaborer. Certains ont tendance à objecter que cette remise en cause des "bases", des "fondements" ne peut conduire qu'à l'anarchie, à la dissension (dissensus). Nous pensons, au contraire, qu'entre ingénieurs, l'on peut parvenir à une entente dans l'ici et maintenant ou en tout cas à la formulation d'options en nombre somme toute limité. Car la diversité se situe en fait en aval, au niveau des pratiques des uns et des autres sur lesquelles on ne veut pas revenir En fait, pour beaucoup l'idéal, c'est d'accepter un corpus initial intangible et de laisser chacun broder dessus, ad libitum. Mais telle n'est pas l'approche de l'ingénieur! On ne peut faire l'impasse sur trop de domaines en partant du principe que l'affaire est entendue, qu'il n'y a rien à changer fondamentalement, alors qu'il faut tout revoir, tout réexaminer quant à tout ce qui nous entoure et à tout ce que nous faisons. L'astronome-astrologue Kepler recommandait, il y a 400 ans, de ne pas "jeter le bébé avec l'eau du bain", c'était là parole d'ingénieur pour qui on n'est pas dans le tout ou rien et pour qui il importe de corriger, de retoucher, de remanier et non d'accepter ou de rejeter en bloc. Est-ce à dire (voir notre article sur "Ptolémée et Saint Paul") qu'il faille faire table rase du passé? Absolument pas! L'ingénieur en histoire des textes que nous sommes, n'a nullement vocation à nier ce que les hommes ont élaboré au fil des âges mais bien plutôt à s'assurer que ce qui nous est parvenu correspondait à ce qui fut mis en place. Prenons le cas de Nostradamus, auquel nous avons consacré récemment un post-doctorat à l'École Pratique des Hautes Études (Ve section Sciences Religieuses): il ne s'agit pas de remettre en question les Centuries en tant que monument littéraire mais bien d'en préciser la genèse en soulignant au demeurant qu'il ne s'agit pas de l'oeuvre d'un seul homme et d'une seule époque mais bien d'une construction collective issue de la culture française. Le débat sur la liberté est révélateur du caractère des protagonistes. Ceux qui ont tendance à rester extérieurs au monde tendent à l'accepter comme un fait accompli, qu'il faut se contenter d'accepter et de conscientiser. En revanche, ceux qui le perçoivent de l'intérieur, en ingénieurs, savent que tout est réformable et modifiable, non seulement quant à l'esprit mais aussi à la lettre des texte Jacques
Halbronn 06.04.08 |
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